Mai
17

2014

Prémonitions (5)



Prémonitions (4) Ici 

Quelques semaines après l’enterrement, la routine reprit le dessus, peu à peu. En fin de compte, il est vrai que le temps est le remède à tous les maux. Ma colloque avait repris son travail, et y sombrait de plus en plus. Elle disait que si elle ne s’occupait pas à faire quelque chose, elle penserait à lui et ça faisait mal; elle ne souriait plus comme avant, son temps libre passait à regarder bêtement la télé ou écouter la radio. Elle n’était plus elle-même, une partie d’elle avait été perdue, morte à tout jamais.

Quant à moi je n’avais toujours pas compris pourquoi cette prémonition-là ne s’est pas réalisée ni pourquoi elle a tourné en tragédie. Mais le plus aliénant est que j’étais convaincue que tout cela était de ma faute. Pourquoi ai-je dû intervenir cette nuit-là ? Pourquoi avoir ouvert ma grande gueule pour lui demander de venir ? Je me serais tu, mon amie lui aurait dit de rester chez lui… pas de voiture, pas d’accident.

Je n’ai plus eu aucune autre prémonition depuis, je pensais que c’était la fin de cette ère.La fin du temps où je fus heureuse puisque tout le monde autour de moi vivait des jours de béatitude. La vie m’avait esquissé un très beau sourire, puis m’avait soudainement administré un coup brutal en plein ventre. Juste pour son plaisir on dirait. Et c’était assez pour me ramener vers la réalité, assez pour me rappeler que ma vie n’était pas destinée à être facile et heureuse, assez pour que je perde tout espoir en un futur meilleur.

Trois mois plus tard, les prémonitions sont revenues. Comme au début, elles étaient toutes porteuses de bonnes nouvelles et concernaient des personnes de mon entourage même si les interactions avec ces personnes étaient minimes. Cette fois, je ne me suis pas permise d’être emportée par le bonheur des autres, je me suis forcée d’être neutre et de continuer ma vie sans y prêter grande attention.

Elles me prenaient toutes par surprise, à n’importe quel moment de la journée, sans que je sois forcément en présence de la personne qui est concernée. Elles avaient tendance à se produire  de plus en plus le soir, pendant que je faisais la vaisselle ou pendant que je regardais la télé, c’est-à-dire pendant les moments où je ne réfléchissais pas à grande chose. Peu importe l’événement que je voyais, son ampleur ou les personnes impliquées, je léguais toutes ces visions  au fond de mon cerveau et essayais de ne plus y prêter attention : plus de petits indices aux personnes, plus de remarques bien placées pour annoncer l’événement ou accélérer sa découverte, plus même de félicitations aux gens. A ce stade, ce sont simplement des visions que je subis, que je ne peux arrêter et qui, surtout, ne servent à rien.

Un mois après, les visions « bi-scenario » ont commencé. Comme dans le cas de l’accident précèdent, chaque vision était maintenant suivie d’une version où j’allais intervenir. Une vision, deux cas de figures selon si j’allais intervenir ou pas.

Ma résolution était prise, sous aucun cas, je n’allais jamais intervenir. Rester neutre et me mêler uniquement de mes affaires. Me blâmer pour le décès de mon ami était un poids trop lourd, vu sa conséquence et je ne pouvais risquer la récidive.

La suite… Partie 6



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