Juin
22

2014

Prémonitions (8)



Prémonitions 7 en cliquant Ici, où commencez par tout le début (ça vous fera plus de lecture 🙂 ) Ici.

Le jeune homme était resté à la porte, nous observait et son visage ne trahissait aucune émotion. Quand Laila éclata en sanglots pour la énième fois, il se racla la gorge, pour rappeler à la jeune fille qu’il était toujours dans la pièce et qu’il s’impatientait. Elle ne se le fit pas répéter, et me laissa avec mon « ami », selon ses mots.

« Rassurée Sara ? » dit-il en retrouvant sa chaise.

OK, c’était la deuxième fois qu’il m’appelait par mon prénom et je ne savais même pas qui il était !

Je le regardais avec des yeux pleins de curiosité. J’avais le pressentiment qu’il connaissait même plus que mon prénom.

« – Comment vous savez comment je m’appelle ?

– C’était écrit sur votre dossier »

Mon regard resta sceptique, de quel dossier parlait-il ? Qui était-il au juste cet homme ? Pourquoi ne se présente-t-il pas clairement ? Pourquoi Laila l’a-t-elle laissée rentrer dans ma chambre sans un mot ? Tant de questions, je commençais à avoir de nouveau mal à la tête !

« Ecoutez, je sais que ce n’est pas le bon moment pour parler et que vous êtes encore fatiguée… J’ai juste voulu … » Un moment d’hésitation, il laissa sa phrase en suspens.

Son regard trahissait une grande hésitation, on aurait dit qu’il était tiraillé entre deux majeures décisions. Et il était nerveux, son tact et son assurance de juste quelques instants avaient disparus ! C’est ce qui me rendait de plus en plus sceptique envers lui.

Il se leva brusquement et fit un pas vers la porte ; il voulait partir sans un mot et je pressentais que cet homme me cachait quelque chose d’important. J’avais peur que quand il s’en ira, je ne le reverrais plus jamais et que je perdrais une précieuse chance de connaître ce qu’il me cachait, peu importe de quoi il s’agissait.

Les mains sur les poignets de la porte, il se retourna vers moi et me dit : « il faut que je parte maintenant, je ne peux rester longtemps. Mais, avant de vous laisser, je vous assure que je reviendrais bientôt, quand vous vous sentirez mieux, peut-être. »

Non !non ! Je ne pouvais le laisser partir comme ça, sans explications. ll savait quelque chose et il était tiraillé quant à me laisser savoir ou pas. Mais pourquoi les gens prennent les décisions à ma place ? Qu’il me dise ce qu’il en est et je serais juge de comment réagir : si je voulais rester calme et réfléchir à la situation, si je voulais éclater et réagir au même instant ou si je voulais rester neutre et faire comme si rien ne s’était produit… C’est à moi et à moi seule de décider ; mais le plus important était qu’on me dise ce qui se passe !

Des sentiments de rage, de désespoir et de faiblesse me submergèrent brusquement et j’éclatais en pleurs. Je n’avais pas pleuré pendant l’enterrement d’Amine, je n’avais pas pleuré quand ma meilleure amie se transformait petit à petit en un zombie devant mes yeux, je n’avais pas pleuré quand ces maudites prémonitions me privaient d’utiliser ma tête à ma guise et je n’avais pas pleuré quand les médecins restaient perplexes et ne savaient pas pourquoi je fus plongée brusquement dans un coma. Je restais toujours forte, mais je présume que je ne suis qu’un être humain après tout et que j’ai mes moments de faiblesse.

Je sentis des mains se poser sur mes épaules, et une voix réconfortante murmurer « tout ira bien ». Je regardais avec surprise, comme si c’était pour la première fois, le visage de cet inconnu. Je pensais qu’il était parti depuis longtemps, mais il était là, me tenant dans ses bras pendant que je fus secouée par les sanglots.

Je ne sais pas combien de temps ça a duré et, en me réveillant, je trouvais Laila à mes côtés. Elle venait de déposer une tasse de café, des biscottes et des morceaux de fruits.

«- Ah, je m’excuse, je t’ai réveillée !

–          Non, pas du tout. Merci pour le petit déj’.

–          Comment tu te sens ?

–          Hummm, j’ai un peu mal à la tête mais ça ira, dis-je en lui souriant.

–          Reposes-toi bien et appelles-moi si tu as besoin de quelque chose. Je serais dans la cuisine. Et je suis sûre que tu as perdu toute notion de temps donc je te dis : nous sommes dimanche et il est 10 heures du matin, d’où le petit déj des rois

Je dévorais mon petit déjeuner et pris une douche rapide ; je sentais que mon énergie me revenait et j’aimais bien ce sentiment. Cependant, j’avais toujours faim et je voulais aussi marcher dehors, profiter un peu de l’air frais. Laila avait raison, il faisait beau dans la rue et ma petite tournée dans le quartier me fit le plus grand bien. Malgré le fait qu’elle voulait m’accompagner, j’insistais pour aller seule : la pauvre, j’avais suffisamment chamboulé ses plans et je ne voulais pas lui faire gâcher son jour de repos à me suivre ou se faire du souci à cause de moi.

Une semaine se passa à un rythme très lent : Laila à travailler et moi à flâner dans les parages et essayer d’aider autant que je pouvais tout en ménageant mes efforts. Suite à la prescription des médecins, je ne devais pas stresser ni trop me fatiguer. D’après eux, mes nerfs avaient lâché et le repos était tout ce qu’ils recommandaient.

Mes prémonitions ne revenaient pas non plus et aucune nouvelle du mystérieux jeune homme non plus. Quand j’avais demandé, ma colloque avait affirmé que cet homme s’est présenté plusieurs fois à l’hôpital où j’étais soignée et qu’il restait des heures et des heures à mon chevet. Il s’était présenté comme un ami d’enfance, au prénom de Sami. Elle ne se rappelait pas de son nom de famille mais je n’en avais pas besoin : je ne connaissais aucun Sami; personne de ce prénom n’a jamais croisé mon chemin…. Tout ce silence me rendait encore plus nerveuse et je m’attendais à des surprises d’un temps à l’autre.

Un de ces jours, lorsque je fus rentrée à notre petit appartement après avoir fait les courses, je n’entendais ni le bruit de la télé ni en provenance de la cuisine ; Laila n’était donc probablement pas de retour à cette heure. A peine quelques pas, je remarquais que quelqu’un se trouvait dans le salon.  En me rapprochant, je découvris avec surprise que le jeune homme, le prénommé Sami, était là.

Cette fois, je décidais de rester calme et de ne pas trahir la moindre surprise. Je déposais mes courses lentement à la cuisine, puis me mis à les ranger, article par article. Je savais pertinemment qu’il me voyait clairement de là où il était, mais je pris grand soin de ne pas le laisser voir mon visage surpris. Ceci me donna du temps pour collecter mes esprits et mieux décider d’une stratégie.

« Vous avez le don d’apparaître de nulle part…. Je vous prépare du café ?

– oui, j’aimerais bien. Merci. »

Lorsque je mis une petite tasse devant lui,  il prit le café avec précaution et commença à boire.

« Humm, votre café est bien meilleur que celui de votre colloque. Et pendant que j’y suis, je suis vraiment navré de me présenter comme ça à l’improviste : c’est Laila qui m’a ouvert la porte et m’a dit de patienter pour vous au salon. Elle est sortie car elle avait un rendez-vous important.

– Merci de m’en informer.

– C’est juste que je ne veux pas que vous pensiez que je ne suis pas un gentleman, ou un tueur en série qui vous traque.

– je pense qu’il est un peu trop tard pour ça. Malheureusement, je vous ai vu deux fois, et pendant ces deux occasions vous étiez là, la première dans ma propre chambre sans y être invité par moi, et aujourd’hui pendant que les propriétaires ne sont pas à la maison !

– Ah c’est juste les circonstances qui en ont voulu  ainsi !

– Mais je comprends bien les circonstances. Le souci, c’est que pendant ces deux rencontres, et ça fait maintenant un peu plus de 20 minutes que vous êtes là, vous ne vous êtes toujours pas donné la peine de vous présenter ! » Je ne puis m’empêcher de l’attaquer de la sorte, mais pour qui se prenait-il en fin de compte ?

Face à cet air de défis, il se mit à rire, comme on fait en confrontant un enfant boudeur :

« Je m’appelle Sami.

– Sami comment ?

– Mon nom de famille est un détail qui ne vous avancera en rien.

– Et qu’est-ce qui m’avancera alors ?

– Le fait de savoir ceci. »

Il mit sa tasse sur la table et me regarda droit dans les yeux. Ai-je dit qu’il avait des yeux d’un bleu profond ? Il ne me regardait pas pour me faire peur, il voulait capter toute mon attention. Ce qu’il va dire doit sûrement être important et je dois  être bien concentrée.

Il me dévisagea encore pour quelques secondes avant de dire :

« Je suis Sami, un homme que vous ne verrez jamais dans vos prémonitions. »

Prémonitions 9, One click away ^^



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