Juil
26

2014

Prémonitions 11



Prémonitions 10 (partie précédente) Ici…. ou on commence dès le début?? Ici

Il dressa aussi la table, y servit notre dîner et semblait satisfait du résultat final. Dès qu’il prit la première bouchée, il vit que j’étais toujours aussi impatiente de connaître la suite et que les questions à lui poser étaient sur le bout de mes lèvres.

« OK, c’est bon, ne me regardes pas avec ces yeux curieux, je vais te raconter la suite…. ».

Cependant, il ne s’exécuta pas tout de suite ; il prit quand même la peine de manger lentement et délicieusement le plat qu’il a préparé. Après la première bouchée, j’ai dû admettre que c’était vraiment délicieux. J’ai décidé de mettre ma curiosité de côté et de savourer mon plat. Après tout, ça faisait longtemps que je ne dégustais quelque chose de si bon, et qui ne dérogeait en rien à mon stricte régime.

La conversation avec Sami était très plaisante. Il était vraiment très cultivé et sautait d’un sujet à un autre aisément. La conversation fut très riche et très amusante en même temps.

Quand il mit finalement sa fourchette sur la table, il me regarda d’un air sérieux ; je savais qu’il allait continuer son histoire. Je m’attendais à ce qu’il demande une tasse de café pour ce faire mais, bizarrement, il se mit à laver la vaisselle. Il me pria de rester à table et de l’écouter patiemment, sans l’interrompre.

Quand il commença à parler, il était vraiment immergé dans le lavage des ustensiles de cuisine, comme si chaque assiette, chaque cuillère, chaque couteau était très important et devait être lavé avec le plus grand soin. Quand il n’avait pas les yeux fixés sur ses mains, il regardait loin devant lui, comme s’il n’y avait pas un mur face à lui, mais l’horizon, une étendue très vaste que ses yeux longeaient.

« J’ai promis de te dire la vérité et je vais te dire tout ce que je sais ! Tu demandes à savoir comment je sais pour tes prémonitions, mais sais-tu à la base comment tu as reçu ce don ? Comment tu as commencé à les voir ? »

Je réfléchis une seconde avant de répondre :

« – Honnêtement, non ! je n’y ai jamais pensé et je n’ai jamais cherché à savoir. Le plus important pour moi, quand elles devenaient dangereuses, c’était de les arrêter ».

– Hum, je vois.

– Mais, en entendant ton histoire, n’est-il pas probable que ….. » je mis les mains sur ma tête, comme pour finir ma phrase.

Même s’il ne voyait pas mon geste, il comprit où je voulais en venir :

« Non, tu n’as aucune tumeur. Tu reviens de l’hôpital et après plusieurs examens, aucun médecin n’a fait référence à des tumeurs, pas vrai ? Non, tu as ces prémonitions pour une toute autre raison et je m’en excuse. »

Il fit une longue pause après cette phrase. Clairement, il choisissait bien ses mots et calculait chaque tournure de phrase. Pendant ce temps, des milliers de petites questions d’interrogation se dessinaient au-dessus de ma tête.

« A partir de ce moment, s’il te plaît, juste écoutes moi jusqu’à la fin, sans interruptions. (Silence de ma part qu’il prit pour un acquiescement). Je ne suis sûr de rien, ce sont juste des suppositions dans ma tête, sans aucune preuve concrète. Ce que je vais t’expliquer maintenant c’est juste l’hypothèse la plus probable. »

Long silence, soupir profond et Sami se lance dans une nouvelle tirade …

« Après vous avoir vu dans ma prémonition, que cet homme inconnu allait te  faire du mal, j’ai décidé instantanément de te venir en aide. Comme j’ai dit tout à l’heure, je me sentais redevable envers ta sœur qui m’avait rendu espoir en la vie et je devais lui rendre cet hommage. J’ai commencé à te chercher désespérément, je n’avais aucune information sur toi ni sur ta famille. Tout ce que je savais, c’est ta maison mais tu l’avais quitté il y a trop longtemps et personne ne connaissait ta nouvelle adresse. J’ai même contacté ton lycée et demandais s’ils avaient une idée sur l’université que tu as bien pu intégrer après, mais c’était une piste sans issues. Chaque jour, chaque minute, chaque effort que je faisais était tourné vers l’objectif de te retrouver et de te sauver.

Un jour, j’ai eu une prémonition pas comme les autres : je te voyais toi ! C’était si différent de ce que je voyais d’habitude : mes visions concernaient toujours des personnes que je côtoyais et que je rencontrais physiquement ; jamais elles ne faisaient référence à une personne étrangère ou que je n’avais pas devant mes yeux à l’instant même. Dans ma vision, tu étais chez une boulangerie et tu achetais du pain. A voir ton sourire machinal, je compris que cette boulangerie était un endroit familier, peut-être celle juste à côté de ta maison, puisque tu as souris machinalement dès que tu as franchis la porte. Cette vision toute seule n’a pas suffi à te localiser ; cependant, elle m’a donné espoir en d’autres visions plus longues, plus précises qui pourraient me guider vers toi.

Au lieu d’attendre que les visions me prennent à l’improviste, je commençais à me concentrer sur ton visage, que j’ai aperçu à la boulangerie et à y penser trop fort pour enclencher une prémonition qui t’implique.  Des jours et des mois passèrent ainsi, je restais assis pendant des heures, tenant ma tête dans mes bras, à penser et à me concentrer sur chaque vision qui défilait devant mes yeux, à écarter une à une des visions inutiles je dirais, à chercher ton visage parmi ces images. La technique était dure à maitriser mais elle a fini par donner ses fruits. Je puis voir d’autres prémonitions sur toi, des choses bien anodines : tu partais au supermarché, tu rentrais chez toi, tu travaillais, tu écoutais de la musique en marchant le matin, … des trucs normaux quoi.

A chaque fois que je voyais une vision, je me concentrais sur tous les indices qui pouvaient me mener vers toi : le nom du supermarché, une pancarte indiquant la ruelle à laquelle tu te trouvais, le nom d’un magasin particulier, etc. Grâce à cela, j’ai pu te localiser et je suis allé te rencontrer dans ton travail. Lorsque je t’aperçus, toute ma résolution tomba à l’eau !  Je voulais tout te raconter ;  ta sœur, mes prémonitions, l’homme dangereux qui allait apparaître d’un moment à l’autre et bousculer ta vie…. Mais je ne pus te parler. Tu semblais en contrôle de ta vie, j’admets que je t’ai suivi pendant une semaine ou un peu plus, tu avais une routine bien instaurée que tu respectais à la lettre. Tu n’étais pas particulièrement heureuse ou épanouie, tu vivais juste pour survivre ! Et je décidais de ne pas me mêler de ça et de perturber cette harmonie avec une histoire qui, pour toi, n’avait ni queue ni tête.

A l’inverse, je décidais d’exploiter les prémonitions pour t’aider à vivre une meilleure vie, à y implanter un peu d’espoir et de joie de vivre que ta sœur a bien voulu partager avec moi. C’était la moindre des choses à mon avis. Sans rentrer dans les détails, j’avoue que j’ai pas mal interféré dans ta vie et ça en valait la peine, rien de te voir sourire un peu plus …

Mais il fallait en payer les conséquences. Quand j’avais mes prémonitions d’avant, elles changeaient juste mes décisions et mes répliques au tribunal ou autre. Certes, je voyais ce que les autres diraient ou feraient mais c’était moi qui changeais d’attitude. Le changement du cours d’action n’était que le résultat de la décision que moi je prenais.

Dans ton cas, c’était différent, mon intervention faisait en sorte que toi aussi tu changes de comportement, tu changes d’avis et que tu prennes une autre décision que ce que tu aurais dû faire en temps normal. Je pense que, avec le temps, tu as finis par changer un peu de personnalité, d’accepter beaucoup des événements que tu délaissais auparavant ! Et c’est là mon erreur, je m’en excuse profondément. »

Avec ces derniers mots, il s’arrêta de parler. L’eau coulait sur une assiette qu’il était en train de laver… Ne faisant plus attention à ses gestes, il regardait toujours le mur comme s’il regardait très loin devant lui, alors qu’en fait, il regardait le passé.

J’imaginais que plusieurs images se bousculaient à présent dans sa tête et je le connaissais assez pour savoir qu’il n’aimait pas être brusqué. Je me levais doucement de ma chaise, fermait l’eau qui coulait, pris l’assiette délicatement de sa main pour la déposer sur le côté puis le pris par le bras et l’emmenais s’asseoir aussi. Je ne dis pas un seul mot.

Il me regarda droit dans les yeux, prit mes mains dans les siennes et me dit d’une voie si tendre et pleines d’émotions :

« Je suis vraiment vraiment désolé, je ne savais pas qu’en te changeant ainsi, j’allais intriguer un changement si important que tu allais commencer à avoir des prémonitions aussi ! Je suis vraiment navré et je regrette vraiment que ça ait dégénéré de cette façon ! »

La suite ==> Ici 



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